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Le Poème du Voile (Karagöz)


  Ô Dieu ! 


  L’infinie beauté transparaît sur l’écran, tandis que les jours qui passent séparent le bon grain de l’ivraie. Dans ce bas monde, l’écran de la vérité témoigne de la majesté du divin. Il nous est alors possible de déceler le sens des actes et de deviner ce qui fut soigneusement dissimulé rien qu’en scrutant et en interrogeant les ombres et les apparences. 

  En vérité, le rideau des songes ne pourrait en aucune façon voiler l’œil du discernement. Observez ce qui se meut devant vous et soupesez-le avec grand soin ! Le présent vous paraîtra sans doute plus clair et intelligible. 

  Le voile du sommeil insouciant et paisible s’étend du nord au sud et d’est en ouest ! Et l’art ne se conçoit que dans le défilé incessant des illusions terrestres. L’écran des rêves n’a-t-il pas tant de fois fait passer de vie à trépas le héros aux yeux cendrés ? Sachez donc que les silhouettes illuminées par le brasier de la passion ne sont autres que les ombres sépulcrales et diaphanes des dames et damoiseaux ci-présents. 

  Lentement mais sûrement, la surface plane où les jours se bousculent, comptera et ravira les mois et les années passées et à venir. Quelle que soit l’ombre qui vous couvre, sachez bien que celle-ci pourra s’évanouir et s’échapper. Quand vos travers seront de la sorte exposés sur la place publique, vous n’aurez plus qu’à vous repentir et clamer que Dieu est unique ! 

  Mais voici que j’entends venir celui qui donne vie à ce jeu… Vite maître, préparez-nous le voile du divertissement et des joies éphémères.

Karim Abdellatif (Version personnelle).

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